A un vieil arbre,

Tu réveilles en moi des souvenirs confus.
Je t'ai vu, n'est-ce pas ? moins triste et moins modeste.
Ta tête sous l'orage avait un noble geste,
Et l'amour se cachait dans tes rameaux touffus.
D'autres, autour de toi, comme de riches fûts,
Poussaient leurs troncs noueux vers la voûte céleste.
Ils sont tombés, et rien de leur beauté ne reste ;
Et toi-même, aujourd'hui, sait-on ce que tu fus ?
O viel arbre tremblant dans ton écorce grise !
Sens-tu couler encore une sève qui grise ?
Les oiseaux chantent-ils sur tes rameaux gercés ?
Moi, je suis un vieil arbre oublié dans la plaine,
Et, pour tromper l'ennui dont ma pauvre âme est pleine,
J'aime à me souvenir des nids que j'ai bercés.

Cet arbre qui brava la foudre, la cognée,
Lui dont la frondaison longtemps fut épargnée,
Va, marqué d'une croix, s'abattre, condamné.
Toi qui te crus solide, au sol enraciné,
De proche en proche écoute et la scie et la hache...
Les bûcherons du soir viendront finir leur tâche ;
Et plus rien, dans l'espace un instant démuni,
Plus rien ne restera de l'arbre et de ses nids.


Léon-Pamphile Le May (1837-1918)

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